10 commandements de la parentalité positive

hands-105455_640Élever des enfants épanouis et en paix, c’est important. La clé ? Être soi-même épanoui et en paix. Ça s’appelle la parentalité positive.

Si vous avez parcouru d’autres articles de ce blog, vous avez peut-être déjà remarqué que je ne suis pas une grande fan de « discipline ». Cela signifie-t-il que je me laisse mener à la baguette par un être humain de moins d’un mètre qui dit « à tout à l’heure » à ses étrons lorsqu’il tire la chasse d’eau ? Oui. Non, bien sûr que non. Mes méthodes éducatives sont-elles efficaces ? Non plus. Le parent positif n’est pas à la recherche de l’efficacité, mais de la paix dans le monde. Et la paix dans le monde ne passe pas par l’élevage d’enfants obéissants. Respirez, c’est du long terme… Vos arrière-petits-enfants vous remercierons.

Avertissement: Les commandements ci-dessous sont destinés plutôt aux enfants de moins de trois ans, car c’est que ce que je connais. Mais la plupart sont transposables à tous les âges. Par ailleurs, je ne vais pas revenir sur les commandements de base (ne pas taper, ne pas humilier…). Si vous débutez dans la parentalité positive, ou si vous trouvez que « c’est bien beau tout ça mais concrètement comment je fais ? », la bibliographie en fin d’article vous donnera plus de pistes.

 

1. Ni punitions, ni récompenses, tu ne donneras

C’est prouvé par des études neuroscientifiques, les punitions n’ont que des inconvénients, elles sont dangereuses et ne sont pas efficaces.

Mais qu’en est-il des récompenses ? N’est-il pas agréable et motivant d’être récompensé pour un travail bien fait ou un bon comportement ? Qu’y a-t-il de mal à recevoir un susucre une jolie image quand on a été sage ?

Le problème des récompenses, comme des punitions, c’est que ça conditionne l’enfant à agir pour le résultat, et non pas selon son ressenti intérieur. Vu de l’extérieur, ça peut sembler fonctionner, mais en réalité ça coupe l’enfant de sa flamme de vie. Ce n’est pas avec ça qu’on construira la paix dans le monde.

Alors comment lui faire comprendre que mordre son prochain c’est pas sympa, que faire le ménage et dégât des eaux sont deux choses différentes, ou que tirer sur les cheveux roses de la madame dans le bus pour vérifier si c’est des vrais est socialement inacceptable ?

Ces interrogations bien légitimes nous amènent au deuxième point.

 

2. À l’écoute des émotions et des besoins de ton enfant, tu seras

Lorsque votre enfant a un comportement qui vous enquiquine (petit mot mignon euphémisme), il exprime un besoin non comblé, ou une émotion trop difficile à gérer pour son cerveau en formation. Un petit enfant ne manipule pas, il exprime. Plutôt que d’essayer de le faire obéir, écoutez ce qu’il a à vous dire. Certes, ce n’est pas toujours très clair, mais si vous y mettez de la bonne volonté, vous devriez réussir une bonne fois sur dix. Les neuf fois restantes, vous pouvez sans trop risquer de vous tromper mettre ça sur le compte de, au choix:

– besoin de dormir
– besoin de manger
– besoin d’attention
– besoin d’action et de plein air
– besoin de calme
– besoin de tendresse et de bisous (gare aux griffures si vous confondez avec un besoin d’espace)
– besoin de regarder dix épisodes supplémentaires de Petit Ours Brun

Exemple concret:

Ce que dit votre deuzan à l’heure du coucher: « Veux dormir avec parapluie, veux câlin parapluie, [bruit d’imitation d’un phoque en train de s’ébrouer], donne parapluie, veux pas Tigrou [donne des coups de pied à la pauvre peluche sus-nommée], veux parapluie… »

Signifie en fait:  « Maman, j’apprécierais que tu passes plus de temps avec moi pour construire, puis détruire, puis construire, puis détruire, à l’infini, des tours avec mes cubes. J’ai accumulé beaucoup de frustration, aujourd’hui, à te voir consulter ton smartphone au lieu de t’intéresser à mes cubes. Du coup, ce soir, ça explose, je n’arrive plus à gérer cette colère due à mon besoin fondamental non comblé de présence inconditionnelle. Voilà pourquoi il me faut un parapluie pour dormir. Fais gaffe, parce qu’une fois que tu m’auras donné ce parapluie, j’aurai besoin d’un pamplemousse… Et il faudra l’éplucher avec une fourchette. Bah oui, fallait y penser plus tôt, et m’aider à les construire, ces tours de cubes, au lieu de regarder ton facebook. Allez, sans rancune… Si tu me files un billet de vingt euros (et que tu me laisses le mettre dans le grille-pain), je passe l’éponge. »

Il est essentiel de mettre des mots sur ce qu’il traverse pour l’aider à gérer ses émotions fortes. Attention cependant à ne jamais nier, ni minimiser, ni tourner en ridicule, ces émotions.

Mais être à l’écoute, accompagner et valider les émotions de votre chérubin ne signifie cependant pas céder à chaque requête.

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« Non mon chéri, je ne vais pas scotcher la pomme que j’ai croqué à ta place par inadvertance. Je comprends ta colère, tu voulais vraiment la croquer tout seul. Hum… Dur dur. Je suis là, je t’écoute. Tu as raison d’exprimer ainsi ta rage en te roulant par terre et en hurlant depuis cinq minutes. Je vais aller expliquer aux voisins que ce n’est pas disproportionné. »

 

3. Des limites, tu poseras

Ne confondez pas parentalité positive et laxisme. Un enfant a besoin de limites claires et sécurisantes.

Qu’est-ce qu’une limite ?

Par exemple, il y a murs, on ne peut pas passer à travers. Même en tapant très fort dessus avec une banane (épluchée, c’est plus rigolo). Même en y apposant sa langue pour en lécher le moindre centimètre carré. Les murs, ce sont des limites.

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Cet exemple ne s’applique pas à Harry Potter, mais à nous, pauvres moldus qui nous cassons le nez (et avons l’air cons) si nous courons très vite sans nous arrêter contre des murs.

Il y a des endroits pour dormir, des endroits pour se laver, des endroits pour faire pipi-caca, des endroits pour manger son repas. Ce sont aussi des limites.

Il y a des routes et des trottoirs, des passages piétons, ce sont encore des limites.

Bien sûr, Maman aussi a des limites. Par exemple, Maman, après une nuit de 7 heures entrecoupées d’une dizaine de réveils, un mari qui a oublié de vider le lave-vaisselle avant de partir au travail, et deux heures à se taper dès le matin la Mère Michelle qui a perdu son chat en boucle, Maman, elle est très limitée… Notamment niveau parentalité positive et paix dans le monde, ça vole rarement haut.

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Ce bâtard de Père Lustucru…

 

4. Vivre ses passions, tu le laisseras

Imaginez un peu, ce monde du futur, où l’on aura laissé les enfants vivre leurs passions sans les brimer… Ce monde merveilleux où chacun se sentira à sa place, en harmonie, heureux de se réveiller chaque jour pour faire un boulot qu’il aime. Disparus, les burn-out, les crises de la quarantaine, les dépressions saisonnières. On verra de nouveaux métiers apparaitre, par exemple: mangeur de crottes de nez professionnel. Si ça se trouve, même les licornes reviendront.

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**You may say, I’m a dreamer** / **But I am not the only one**

 

5. Tes enfants, comme tes égaux, tu traiteras

Respectez votre enfant, ne le prenez pas pour un abruti. Il sait moins de choses que vous sur le plan physique, mais d’un point de vue spirituel, il est votre égal: un être humain, avec une conscience et une sensibilité à préserver. Il a autant de choses à vous apprendre que vous. Partez du principe qu’il comprend tout et qu’il est très intelligent. Oui, même mettre ses pieds dans un plat de macaroni à la tomate « pour voir si c’est bon par les pieds », c’est un signe d’intelligence.

 

6. De leçons, tu ne donneras pas

Un enfant apprend en jouant, par expérience, et par imitation. Les leçons n’ont de valeur que lorsqu’elles sont apprises par soi-même et pour soi-même. C’est de vos comportements, plus que de vos explications, que votre enfant apprendra les règles du bien-vivre en société. Vous êtes son exemple. Dites « merci », « s’il te plait », utilisez une fourchette pour manger, retenez-vous de péter dans les transports en commun, et il finira par vous imiter naturellement.

Et l’école ? C’est des leçons tous les jours, non ? Bin… Justement. Le parent positif a souvent un peu de mal avec l’école. Les leçons à apprendre par coeur, les bonnes et mauvaises notes, les reste-assis-soit-sage, c’est pas tip-top niveau parentalité positive. On trouve ainsi trois catégories de parents positifs:

– Ceux qui veulent transformer le système de l’intérieur. Ils envoient leurs enfants à l’école publique traditionnelle, parce que quand même c’est bien pratique cette école gratuite au bout de la rue c’est important de rester socialement intégré. Mais ils n’hésiteront pas à monter au créneau au moindre doute de manque de positivité (ces gros relous, mais qu’est-ce qu’ils ont à fourrer le nez dans ce dont on bourre le crâne de leurs gosses ?). Ceux là n’auront pas peur de demander à la maitresse: d’arrêter de corriger les cahiers au crayon rouge parce que ça agresse la sensibilité olfacto-visuelle de leur progéniture, d’instaurer dix minutes de méditation chaque matin avant de commencer la classe, de réclamer du coloriage de mandalas plutôt que de voitures, ou d’insister pour que les repas à la cantine soient bios-végétaliens-sans-gluten. Parce que le gluten, c’est bien connu, ça rend les enfants hyperactifs.

– Ceux qui choisissent des écoles aux pédagogies alternatives réputées plus respectueuses du rythme de chaque enfant (Montessori, Freinet, Steiner, Maitre Yoda, etc.)

– Ceux qui n’envoient pas leurs enfants à l’école, pour les laisser apprendre ce qu’ils veulent, quand ils veulent, selon leurs aspirations et leur enthousiasme. Ça s’appelle l’unschooling (ou apprentissages autonomes en français), et c’est le Saint-Graal de la parentalité positive. Voir le film de Clara Bellar, Être et Devenir, sur le sujet.

A lire, mon article : 10 raisons pour lesquelles mon fils ira à l’école malgré mes idéaux d’IEF.

 

7. Tes responsabilités, tu prendras

Prenez vos responsabilités, engagez-vous, oubliez les « il faut » et les « on doit » impersonnels. Non, soyez clair, dites d’où viennent les règles, que ce soient les vôtres ou celles de la société.

Exemple: au lieu de dire « il faut partager », dites « je veux que tu donnes ce truc qui clignote à la petite fille qui te tire la chaussette en geignant, parce que ça fait une heure que tu joues avec, et la maman de la petite fille me regarde comme si j’étais une mauvaise mère. »

Autre exemple: remplacez « on doit être poli » par « Papi ne connait pas les commandements de la parentalité positive, il veut que tu lui dises s’il-te-plait, sinon il ne te donnera pas de camembert. Je le connais, il ne cèdera pas. C’est pas de sa faute, ses parents à lui, ils étaient carrément négatifs. En plus il n’a pas eu l’internet pour lui expliquer qu’un autre monde était possible. »

 

8. La vérité, tu diras

Votre enfant doit pouvoir vous faire confiance. Mentir, manipuler, le prendre pour un imbécile, tout ça, ce n’est pas axé parentalité positive.

Par exemple, si votre enfant veut manger des cornichons au lieu de votre délicieux plat de coquillettes (sans gluten), ne lui dites pas « y’en a plus » alors qu’il en reste, car c’est un mensonge. Là, deux choix s’offrent à vous: soit vous faites face avec bienveillance, courage et fermeté à la crise de rage qui risque de suivre votre « non mon chéri, tu en as déjà mangé une dizaine pour le petit déjeuner, je veux que tu manges autre chose pour le déjeuner. » Soit vous mangez tous les cornichons vous-même pour pouvoir lui dire « y’en a plus » sans que ce soit un mensonge (laissez-en lui quand même un ou deux, ne soyez pas rapiat).

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Ça n’a servi à rien, il a voulu boire le jus… Il ne s’est pas plein de maux de ventre. Moi, par contre…

 

Ne pas mentir ne signifie pas tout dire, non plus. Se cacher derrière la porte de la cuisine pour manger le plus possible de cookies en un maximum de temps avant que votre enfant ne déboule en courant, un déboucheur à chiottes à la main, ce n’est pas un mensonge. On a le droit de faire des choses en cachette. Préserver l’innocence et le taux de sucre dans le sang de ses enfants, c’est très important.

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Attention à ne pas lui postillonner dessus des miettes chocolatées, il se doutera de quelque chose… Et il est armé.

 

9. « C’est pour ton bien », tu ne diras pas

Ce commandement est subtil, mais il est important. Dire « c’est pour ton bien », c’est la porte ouverte à toutes les dérives. C’est vous placer en être supérieur, faire croire à l’enfant que votre autorité a plus de valeur que ses ressentis.

Mais des fois, c’est vraiment pour son bien, non ? Oui, évidemment. Alors si vous y tenez vraiment, dites des choses du genre « je crois que c’est mieux pour toi si je ne te laisse pas gober cette mouche, alors je ne te laisse pas faire ».  Mais après tout, qui sait si, dans vingt ans, la science ne démontrera pas qu’en fait, gober des mouches (vivantes) dans l’enfance protège de l’Alzheimer ?

Même les médicaments, ce n’est pas « pour ton bien », c’est parce que « j’ai peur que tu ne guérisses pas tout seul alors je me sentirai moins inquiète en te donnant ce sirop », ou « c’est ce que les médecins pensent qui est le mieux à faire pour que tu sois en bonne santé ».

 

10. Soin, de ton enfant intérieur, tu prendras

C’est le commandement le plus important, dont découlera la bonne application des commandements ci-dessus.

Prendre soin de son enfant intérieur, ça veut dire accepter et accueillir ses propres émotions, écouter ses propres aspirations et les suivre (il n’est pas trop tard, quoiqu’on puisse se donner comme excuse, pour retrouver les saveurs oubliées de ses crottes de nez), connaitre ses propres limites, ses propres besoins, et les respecter, ne pas s’auto-flageller, ne pas se punir, se faire de gros câlins et oser en réclamer à ceux qui nous aiment, et se pardonner pour toutes ces fois où on est persuadé d’avoir été le pire des pires des parents négatifs.

Être parent, ce n’est pas une liste de commandements à suivre. C’est un cheminement. Vers plus de connaissance de soi. Vers l’expansion du monde.

Compassion. Sans complaisance. Voilà de quoi sera fait le monde de demain.

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**I hope some day, you will join us** **And the world, will live as ONE**

 

*Bibliographie: Pour aller plus loin, voici quelques auteurs à lire (la liste est loin d’être exhaustive, vous pouvez la compléter en commentaires si le coeur vous en dit):

Isabelle Filliozat

jaitoutessaye
Alice Miller

cestpourtonbien
Adele Faber & Elaine Mazlish

parlerpourquelesenfantsecoutent

Catherine Dumonteil-Kremer

sans-punition

Véronique Morinière

couv bleue low res

Ah non, c’est une blague, ça c’est mon roman… Ça ne parle pas de parentalité positive. Mais c’est pro-paix-dans-le-monde quand même. Tant qu’à faire de la pub pour les livres d’autres auteurs, autant faire de la pub pour mon propre livre en passant ;-) L’ebook est téléchargeable gratuitement ICI, et la version papier est sur Amazon.

 

** Paroles de la chanson Imagine, de John Lennon:

You may say I’m a dreamer,
Tu peux dire que je suis un rêveur,
But I’m not the only one,
Mais je ne suis pas le seul,
I hope some day you will join us,
J’espère qu’un jour tu nous rejoindras,
And the world will live as one.
Et que le monde vivra uni

Le texte dans son intégralité, et sa traduction: ici.

 

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10 commentaires sur “10 commandements de la parentalité positive

  1. Et oui désolée c’est encore que moi… :-) ta soeur
    en général je sourie à tes articles mais là j’ai carrément explosé de rire
    Merci

  2. Enorme ! Merci, je me retrouve tellement dans ce que tu décris ( et même que mes enfants sont instruits en famille ;-) ) . En plus , ça tombe trop bien, je commence à animer des groupes de discussion sur la parentalité positive dans peu de temps, voilà qui va m’aider à y mettre de l’humour !!

    • Waou, chapeau, t’es carrément positive !! Et en plus tu répands le message, c’est carrément trop axé paix dans le monde ça, bravo ;-)

  3. SUPER ! j’adore ton humour !! trop drôle et hyper apaisant « bizarrement », on peut se dire :  » ouiiii je vais y arriver !!!! c’est bien expliqué !!!  »
    peace !

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