Je suis sortie sans mes enfants

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Lorsqu’on est un parent au foyer, il est primordial de garder une vie sociale active et épanouissante. Tout ne doit pas toujours tourner autour des enfants. Moi, par exemple, il y a peu de temps, je suis sortie sans mes enfants. Une véritable aventure, pleine de rebondissements, une épopée de liberté et de bravoure solitaire. J’ai frôlé deux fois la mort, j’ai failli briser mon couple, et je ne dois qu’à la chance de ne pas avoir fini internée.

 

1. Tout commençait bien

Un vendredi soir pas comme les autres. Il est 17h53. Il fait nuit, c’est pour dire… Je mets mon manteau. Je mets mes chaussures. J’abaisse la poignée de la porte d’entrée. La porte s’ouvre. Je sors. Ça y est, je suis dehors.

Ça m’a pris 9 secondes. C’est allé tellement vite que j’ai failli faire un infarctus en refermant la porte derrière moi.

 

2. Élan anarchiste

Pour traverser, j’attends que le petit bonhomme passe au vert, alors qu’il n’y a aucune voiture… Ah mais non en fait, suis-je bête ! Je n’ai aucun bon exemple à montrer, je peux traverser comme une adulte rebelle avec le petit bonhomme rouge ! Alala, ces réflexes de maman. Hihihi. Je m’élance, libre comme l’air, l’âme d’une anarchiste, cheveux au vent, et je manque me faire renverser par une camionnette qui sort de je-ne-sais-où. De retour in-extremis sur le trottoir, une dame en tailleur du type j’ai-un-emploi-rémunéré-sérieux-moi me regarde du coin de l’oeil. Elle a l’air de se demander s’il ne me manquerait pas une case. Elle ne comprend rien à l’anarchie libertaire, celle-là…

Jedi rebelle un jour, jedi rebelle toujours.

 

3. Réflexes tenaces

Le petit bonhomme passe au vert. Machinalement, je dis à voix haute : Allez, on traverse. La dame au tailleur traverse et presse le pas en se retournant pour vérifier que je ne la suis pas. Et encore, elle n’a pas vu que je lui ai, par réflexe, tendu la main pour traverser…

 

4. Faune

Je croise un chat. Je dis MIAOU. Je croise un chien. Je dis WOUF WOUF. Je cherche des yeux un tigre, histoire de dire GROOAAAOU, mais c’est plus rare en milieu urbain. Je me rabats sur un pigeon. ROUCOUCOUROUCOUCOU. La dame au tailleur, qui a pris ses distances mais est toujours à quelques mètres devant moi, se met carrément à courir. Sans se retourner.

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5. Coup de foudre

Je me fais accoster par un jeune homme. Oui, un jeune homme. Hé, mademoiselle ! Moi, une mademoiselle qui se promène dans la rue, à dix-huit heures du soir, seule, sans enfant. Tellement plus habituée que je suis à me faire accoster par un inconnu de la gente masculine, en proie à un émoi intense, les joues écarlates et les paumes de mains moites, je bafouille un timide Bonjour. À ce moment, la main fébrilement accrochée au téléphone dans la poche de mon manteau, je suis prête à tout. Je n’attends plus que le signal final, trois petits mots de sa bouche, et s’il le faut, j’envoie sur le champ un sms de demande de divorce à mon mari… T’aurais pas une clope ? Je me ressaisis et lâche mon téléphone. Il s’éloigne sans clope vers une autre femme, cigarette aux lèvres, qui pousse un landeau, dans une tenue que je qualifierais de pyjama aux motifs léopard. GROOAAOU. Mon coeur est brisé, mais mon mariage est sauf. Le jeune homme parviendra-t-il à partir sur de meilleures bases avec la maman au pyjama léopard ? L’aigreur et la rancune m’interdisent d’y penser, je continue mon chemin.

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6. Chipolata

J’arrive au centre commercial. Je prends avec joie les escaliers. Je peux les prendre, puisque je n’ai pas de poussette, ni trois sacs de couches-doudous-trottinettes-triceraptors à porter ! Je peux même monter les marches deux à deux ! Je peux même doubler une mémé sans me faire arrêter par un hooo comme il est mignon il a quel âge il s’appelle comment ah bon c’est français comme prénom ça je peux lui tirer le bout du nez pour le traumatiser des mémés jusqu’à la fin de sa vie ? Je peux même dire HO-HISSE, LA SAUCISSE à chaque pas sur une nouvelle marche. Quel bonheur ! Quelle joie ! Quelle liberté ! HO-HISSE, LA SAUCISSE ! Dix marches plus bas, la mémé préalablement doublée m’insulte. Ah non. Ça, je ne peux pas en fait. On ne peut pas dire ho-hisse la saucisse en montant les escaliers quand on n’est pas accompagné d’enfants. J’ai besoin de me remettre à jour des règles socialement acceptables en lieux publics…

 

7. Acte de rébellion

J’arrive au supermarché, je me dirige vers un des rayons que je connais le mieux. J’attrape le même paquet que d’habitude, celui que je suis obligée d’acheter depuis quatre ans, celui avec le mignon chiot dessus. WOUF WOUF. Puis, je me souviens… Mais non ! Je peux varier les plaisirs, acheter un paquet différent cette fois-ci, décider par moi-même, avec mes propres gouts respectés, sans prendre le risque que personne ne se roule par terre ! Je peux choisir le paquet d’avant d’avoir des enfants, celui sans le mignon chiot dessus, le rose !

La liberté, le choix, la plénitude.

La liberté, le choix, la plénitude.

 

8. Je ressens un vide

Laissez-moi vous dire : acheter un paquet de rouleaux de PQ, lorsqu’on pousse une poussette d’une main, et que de l’autre main on tire un enfant pour l’empêcher d’ouvrir une boite de coton-tiges pour en gober les petits bouts en coton, ça passe incognito. Mais une femme seule et sans trace visible d’enfants (faut juste pas y regarder de trop près), dans un supermarché bondé, à dix-huit heures, un vendredi soir, avec pour tout achat un paquet de 9 rouleaux de PQ rose… J’ai l’impression que tout le monde me regarde et se dit « tiens, cette personne a envie de faire caca ». Je pourrais leur expliquer que mes enfants ont trouvé drôle de jouer à lancer l’intégralité de notre réserve de rouleaux de PQ dans le bain, et que nous nous sommes retrouvés à sec de PQ sec (jeu de mots), d’où mon expédition solitaire… Mais je me vois mal engager ce genre de conversations avec tous les inconnus qui croisent ma route dans les allées du supermarché. Je ravale en silence ma fierté, et sers contre moi mon paquet en longeant les murs.

 

9. Prête-moi ta plume

La honte atteint son apogée au moment de passer à la caisse, lorsque je me rends compte que ça fait cinq minutes que je me balance par habitude de gauche à droite en chantonnant au clair de la lune, berçant dans mes bras le paquet de rouleaux PQ. Et je peux vous le certifier, maintenant que j’en ai fait l’expérience : un paquet de rouleaux de PQ, ça ne s’endort pas. Décidément, la vie est plus facile avec des enfants !statue

 

10. Retour

Un vendredi soir pas comme les autres. Il est 18h14. J’ouvre la porte. J’enlève mon manteau. J’enlève mes chaussures. J’arrive dans le salon où je suis acclamée par ma petite famille. Je m’émeus de retrouver mon foyer chaleureux de joie de vivre, d’amour et de bonheur sincère partagé au quotidien. J’ai vécu de grandes aventures sans eux, ce soir, et pourtant, je dois bien l’avouer, ils ont presque eu le temps de me manquer.
– MAMAN  !
– MAMAN  !
– Piku ! Piku !
– Oh, il est rose, le piku !
– On aurait pu se retenir jusqu’à demain, tu sais, me dit avec tendresse mon mari, pour ponctuer ce concert d’exclamations enfantines de bienvenue. Je suis sûr qu’ils auraient eu le temps de sécher pendant la nuit.
Il me montre alors fièrement les rouleaux de PQ détrempés qu’il a mis à sécher sur le radiateur.
– C’est vrai, soupiré-je d’un air songeur, le regard perdu dans les ploc ploc des gouttes de PQ qui tombent sur le parquet, sous le radiateur. On aurait pu attendre jusqu’à demain. Mais j’avais envie de prendre l’air. Je suis une maman moderne et dynamique, je sais prendre du temps pour moi, et je n’hésite pas à sortir seule de temps en temps. J’ai aussi mon jardin secret, tu sais.

Smiley clin d’oeil.

6 commentaires sur “Je suis sortie sans mes enfants

  1. J ai découvert ton blog en cherchant un tuto de portage sur le dos,bravo tes articles et tes vidéos sont au top,je vais te recommander sur le site mamanfloutch. Merci

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